Archives
Sylvain :
The Apartments
Morrissey
The High Llamas
The Undertones
Ladyhawke
Metronomy
Arab Strap
Mogwai
Chromatics
Martyn Bates
The Smiths : 1 / 2 / 3
Bob Mould
The Essex Green
Ladybug Transistor
Blondie
Marion & Sylvain :
The
Millennium
Frédéric & Sylvain :
Stephen Duffy
The Smiths
Frédéric :
The Apartments (English v.)
S.Walker & R. Orbison
Arnaud :
Felt
Dylan
Julien :
Art Brut
Roddy Frame
The Jam
Orange Juice
Paul McCartney
Graham Gouldman
Ian Broudie
BMX Bandits
The Lucksmiths
The Impressions
Louis Philippe
Michael Head
Squeeze
Guillaume :
Arthur
Russell
Barzin
Mount Eerie : 1 / 2
Women & Children
Old Time Relijun
Yo La tengo
Os Mutantes
The Ruby Suns
Antoine :
LCD Soundsystem
No Age
Sunset Rubdown
The Mekons
Deerhunter
Cyril :
Cardinal 1 / 2
The Moles
Johnny Thunders
The Modern Lovers
Bob Dylan
Ramones
Emmanuel :
Outkast
Brian Eno
Paul McCartney & Wings
Invités :
Robert Forster (Ian)
Chet Baker (Gilles Tordjman)
Il y aurait deux voies pour les artistes pop, deux relations possibles à la tradition du genre. Une manière héroïque, pleine reprise, au présent, d'un héritage sans âge. Une manière spectrale, promenade plus ou moins inquiète à travers les ruines d'une tradition qui ne se saisit plus qu'à l'état de fragments et de survivances. Pop ronde ou pop zizag, confort mélodique d'un artisanat de haute tradition ou aventure syncopée, déroute rythmique hantée par des souvenirs de gloires fantomatiques. La carrière de Richard Davies n'a cessé d'osciller entre ces deux voies, d'un album à l'autre ou à l'intérieur du même album. Peu d'albums sont allés aussi loin qu'Instinct, de The Moles, sur le chemin d'une pop spectrale et fragmentaire, d'une esthétique de la survivance. Cardinal, le suivant, fait demi-tour, retrouve la forme pleine d'une pop boisée, ligne claire, ronde, à la séduction immédiate. Tous les albums suivants de Richard Davies ouvriront un champ intermédiaire, tendu entre les deux pôles opposés. Il les signera enfin de son nom, comme s'il lui avait fallu prendre un masque pour expérimenter les extrêmes avant d'assumer à visage découvert une position médiane, réconciliée.
La découverte de Cardinal, en 1994, c'est, comme pour Instinct, le choc des premières mesures. Celles d'Instinct annonçaient la mélancolie boiteuse et pluvieuse du voyage, celle de Cardinal le séjour solaire dans la clairière. On en dira autant des pochettes : silhouette de statue abîmée sur le fond vert pour The Moles, gentleman farmers marchant dans l'herbe, le long d'une haie de conifères taillés, le visage ensoleillé. On parla à l'époque de génie pop, d'un album immédiatement classique. Quatorze ans plus tard, l'aisance mélodique séduit toujours, mais si un disque a acquis une valeur historique, s'est imposé comme un jalon, une césure à l'influence durable, c'est Instinct.
Observons les deux types sur la pochette : à gauche Davies, à droite Eric Matthews, auteur pop américain auquel l'exilé d'Australie s'associe le temps d'une halte dans la clairière. Au centre Matthews nous regarde, nous sourie, les bras sereinement allongés le long d'une parfaite panoplie pop. Sur la gauche, Davies a les mains dans les poches, son regard déjà se porte ailleurs, de côté, plus loin. Faut-il en conclure au rôle prépondérant assumé par Matthews dans la conception et la production de Cardinal, à la position marginale d'un Davies occupé par d'autres pensées, plus profondes, moins souriantes ? C'est possible. Cette composition faussement centrée, discrètement déséquilibrée, invite à chercher, sous l'équilibre classique des morceaux, les lignes de fuite, les nuances discordantes, les plis baroques qui font entendre dans Cardinal autre chose qu'une restauration néo-classique, la plus talentueuse soit-elle. On en reparle la semaine prochaine.