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LCD Soundsystem par Thibault Balahy
Erratum : il semblerait que nous ayons fait plancher Thibault sur la
pochette d'un album antérieur à celui-ci. Toutes nos excuses à nos
lecteurs, à Thibault, à... à James Murphy.
Le festival de Cannes ne cesse pas de finir. On n'est même pas sûr de savoir comment il a commencé, chaque quinzaine semble raccorder sur la précédente en excluant l'intervalle. C'est un train à prendre qui égrène peu à peu les gares d'arrivée, et pour peu que vous y restiez jusqu'au bout, vous passez votre temps à voir les gens descendre à quai.
Où que vous alliez, la nuit, la musique est la même : les DJ du Baron ont depuis quelques années pris possession de la Croisette et d'une Californie parsemée de villas de location à usage des fêtes. Et puisque le bar du même nom reste ouvert jusqu'au matin, chacun vient y finir ce qu'il a entamé sur fond d'une playlist inchangée où un morceau des Ramones vous incite parfois à aller vous ruiner au bar, de joie.
C'est sur sa moquette rouge qu'on a réentendu et qu'on ne cesse pas depuis d'écouter LCD Soundsystem, Sound of Silver : grand disque de 2007, le second album du patron du label new-yorkais DFA, James Murphy. Son premier peinait à convaincre qu'on pourrait jamais trouver sous sa signature autre chose que des tubes érudits et ironiques - même si la technique du name-dropping, employée pour dire qu'on était là, à l'époque où Suicide rentrait en studio, pour leur dire qu'ils n'avaient aucun avenir, était efficace.
Le second est l'exact opposé de ce qu'une soirée de clôture à Cannes offrait comme la quintessence de la création new-yorkaise, la fratrie Safdie, auteurs de films lo-fi pseudo-délire, bricolés pour pas cher sur la vieille base du boy meets girl. Sound of Silver est l'album d'un quadragénaire maniaque, d'un producteur soucieux de tout. Un grand disque de maîtrise comme pouvaient l'être ceux de Talking Heads, un grand album où chaque instrument démultiplie la rigueur de métronome de chaque chanson. Lesquelles ont le temps - six ou sept minutes en moyenne - d'épuiser l'excitation que la rythmique suscite.
Qu'il soit fait pour la danse ne l'écarte pas de nos platines pop - après tout, si l'on veut bien prêter à notre époque un peu de bienveillance, LCD Soundsystem est aussi fort que New Order, « All My Friends » aussi beau qu' « Age of Consent ». La durée est précisément ce qui destine le disque à la pop, quelque chose de sinueux qui courbe le présent du rock dans les allers-retours de la mémoire. Ecoutez le morceau titre, il la théorise en une petite boucle où l'on peut entendre Brian Eno : Sound of silver talk to me / makes you want to feel like a teenager / until you remember the feelings of / a real life emotion of teenager / then you think again : l'affect répercute la description et l'ironie reconsidère l'affect. Dans toute idée joyeuse se profile la mélancolie, comme dans la déclaration finale à New York ("New York I love you / But you're bringing me down") où l'on entend dans la voix de James Murphy, Stephen Malkmus, l'éternel teenager, la preuve que l'adolescence n'est pas le moment d'une vie mais l'image d'un retard.